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Soutenance de thèse d’ Anissa Ben Radhia-Souissi, 14/12/2010

Mardi 14 décembre 2010

par Valérie PLOUVIN - publié le

Mlle Anissa Ben Radhia-Souissi doctorante à l’Université de Lille1 soutiendra publiquement sa thèse intitulée :

Etude de la plasticité reproductive et de la morphologie d’un copépode estuarien : comparaison intercontinentale.

Discipline  : Géosciences, Ecologie, Paléontologie, Océanographie

Date : Mardi 14 décembre 2010 à 9h30

Lieu : Station Marine de Wimereux.

JURY :

Directeur de Thèse : Sami SOUISSI , Professeur Université Lille 1

Co-Directeur : Jiang-Shiou HWANG , Professeur

Rapporteurs : Michèle TACKX, Joëlle FORGET-LERAY

Membres : Xavier VEKEMANS, Isabella BUTTINO

Résumé :

Dans le cadre de cette thèse nous avons mis au point un nouveau protocole expérimental multi-générationnel permettant d’étudier d’une façon très précise la plasticité du copépode Eurytemora affinis dans le cadre d’un scénario de changement climatique. Nous avons montré que cette espèce cryptique, à large répartition géographique dans l’hémisphère nord, est capable de se développer à des fortes températures et/ou salinités. Nous avons souligné l’importance du contrôle maternel mais également les effets trans-générationnels sur les traits de cycle de vie d’E. affinis. Dans des conditions expérimentales contrôlées, trois populations d’E. affinis d’origines différentes ont montré des réponses similaires en termes de survie et de fécondité. Toutefois, nous avons confirmé que la population d’E. affinis provenant de l’estuaire de la Seine se caractérise par un sex-ratio déséquilibré en faveur des males. Cette observation qui s’ajoute à toutes les précédentes études in situ semble confirmer que le déterminisme sexuel chez cette population pourrait avoir une origine génétique. En effet, lors d’un épisode de chute de la qualité nutritive des algues, seule la population d’E. affinis de la Seine a montré, à faible température, des individus intersexués (mâles féminisés). Compte tenu de l’importance de la reproduction dans la dynamique de population des copépodes, nous avons étudié d’une façon détaillée la stratégie reproductive des femelles, des mâles ainsi que de leur interaction. Nous avons mis en évidence, pour la première fois en laboratoire mais également in situ, la présence de ‘trade-off’ (compromis) entre la fécondité (nombre d’œufs) et la taille de l’œuf chez une espèce de copépode. Les femelles d’E. affinis sont capables d’optimiser leur allocation d’énergie reproductive en augmentant leur investissement dans la qualité de l’œuf (et donc de leur descendance) à faible température. Nous avons également montré une nette différence entre les populations transatlantiques d’E. affinis avec les populations européennes où la femelle est relativement plus longue et produit des œufs plus volumineux alors que les femelles des populations Nord-américaines sont plus larges et produisent des œufs de plus petites tailles. Nos nouveaux résultats, combinés à d’autres observations morphologiques fines, semblent confirmer l’aboutissement du processus de spéciation au sein de cette espèce cryptique. En plus des différences morphologiques et génétiques, nous avons démontré pour la première fois, les conséquences de la spéciation au niveau de la stratégie reproductive qui oppose les populations transatlantiques d’E. affinis.
Enfin, l’analyse détaillée du rôle du mâle, souvent négligé, et du rôle de la femelle dans la reproduction des copépodes a été illustrée pour la population d’E. affinis provenant de l’estuaire de la Seine. Nos résultats ont révélé que ; le mâle contribue activement à la reproduction puisqu’il est capable d’identifier les femelles prêtes à s’accoupler (avec des ovocytes matures), la femelle est capable de s’accoupler avec plusieurs mâles et d’utiliser pour une même portée le matériel génétique de plusieurs pères. Il semble qu’un sex-ratio en faveur des males offre des avantages avérés à la population d’E. affinis de l’estuaire de la Seine.
En conclusions, plusieurs résultats obtenus dans le cadre de cette thèse dépassent le cadre des études en écologie marine et confirment le grand potentiel de ce copépode afin de le promouvoir en tant que modèle biologique à l’image des modèles connus en écologie terrestre. Nous avons souligné l’importance d’intégrer la plasticité des organismes vivants et leur capacité d’adaptation aux variations de la température ainsi que d’autres facteurs environnementaux dans le cadre du débat actuel sur les effets du changement climatiques sur les écosystèmes.